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Souvenirs

 journal paroissial de St Ferdinand septembre 1998, n°63

  témoignage de François des Courtils, routier scout.

  témoignage des Pères Olivier Rolland et Michel Rahmé.

LES ROUTIERS DE SAINT FERDINAND AU LIBAN

Aujourd'hui, rentrés à Paris nous sommes sûrs d'une chose: le clan a vécu pendant un mois une aventure passionnante, dont le souvenir reste dans toutes les mémoires. Le clan est un groupe de treize routiers entre 17 et 23 ans, dynamiques et valeureux, entièrement dévoués à la cause de St Ferdinand.

C'est donc à 14, en comptant notre célèbre aumônier, le Père Olivier Rolland, que nous avons été accueillis au collège de Jieh par le père Charbel Azzi et le village. Quand j'écris "accueillis"... nous pensions dormir sous la tente, comme des ours et nous avons été logés dans un bel appartement. Nous pensions vivre un mois sur nos réserves de cassoulet en boîtes et nous avons été invités par tous les habitants du village qui sont entrés en concurrence pour nous offrir les meilleurs repas. Dans cette ambiance de fête, la vie s'est organisée rapidement autour de notre activité principale: les cours au collège.

Ce collège de Jieh nous est apparu comme l'un des pôles rayonnants de la région, centre d'un enseignement de qualité tenu par les moines de l'ordre libanais maronite pour tous les enfants de la région, ce collège a été épargné pendant la guerre qui a pourtant ravagé le village. Enorme bâtisse, il fait face à la non moins imposante église actuellement en chantier. Tous les jours, de 8h à 12h, nous avons tenté d'enseigner le français à nos classes respectives, les élèves étant répartis en six groupes, par tranche d'âge. Concrètement, nous étions jetés en pâture à 25 élèves "animés", prêts à tout pour nous épuiser, à grand renfort de hurlement en arabe. Mais le moral était bon ! L'après-midi était consacré à la découverte du pays, à la rencontre des habitants, aux activités de clan, telles que discussions, réflexions ou chantier d'église...

Puis, nous avons découvert ce fabuleux pays, guidés par les Pères Charbel et Michel.

Et c'est ainsi que, de Tyr à Baalbeck, en passant par Byblos ou Jeïta, nous avons vu un pays très éprouvé par la guerre, et il sera long d'en effacer toutes les cicatrices. Nous avons été impressionnés par le patrimoine historique, d'une richesse époustouflante... Quand aux Libanais, qui ont tout perdu au cours des dix dernières années, ils nous transmettent une leçon de courage extraordinaire. Ces gens qui ont retrouvé leur maison détruite, leur pays saccagé, ne sont pourtant que sourire et joie de vivre. Le traditionnel "vous êtes ici chez vous" prend alors dans leur bouche une résonance toute particulière. Pas de masques, de faux semblants: chacun d'entre eux nous ouvrait les bras avec chaleur et simplicité.

En mêlant ce fabuleux contact avec la découverte culturelle, la fusion des modes de vie, et la vie spirituelle de clan, on obtient une aventure humaine rare, telle qui marque nos vies à tous. Il nous reste à remercier tous ceux qui l'on rendu possible, et à espérer que le village de Jieh se souviendra aussi longtemps de cette rencontre que nous nous en souviendrons.

François des Courtils Le clan St Ferdinand

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TEMOIGNAGE DES PERES OLIVIER ET MICHEL

 Deux prêtres de St Ferdinand ( les pères Rolland et Rahmé ) ont accompagné nos routiers; ils vous livrent leur témoignage:

Nous avons tous d'abord été impressionnés par un aspect finalement essentiel de l'accueil qui nous a été réservé: nous qui arrivions de St Ferdinand, nous étions déjà, avant d'arriver, des enfants de Jieh. Pourquoi cela ? A cause, tout simplement, du lien matériel et spirituel qui relie Jieh à St Ferdinand. Depuis des années, vous entendez parler de jumelage, de la paroisse de Jieh, de constructions, etc... Mais aviez-vous songé que depuis des années, les paroissiens de Jieh priaient pour nous, nous considéraient comme leurs frères ? Depuis des années, un lien existait qui n'était pas d'abord un lien administratif, mais bien un lien vital, un lien d'amitié, de prière, de soutient mutuel, chacun apportant à l'autre ce qu'il pouvait donner, chacun recevant de l'autre force et assistance. Evidemment, ce lien paraît bien abstrait. Mais brusquement, tout d'un coup, voilà qu'il prenait réalité, voilà qu'il se faisait chair. Quelle belle image de la communion des saints qui peut paraître "abstraite" à certains, mais dont la vérité sera révélée lorsque nous serons, dans la lumière de Dieu, mis en présence les uns des autres.

Deuxième étonnement: Se retrouver soudain dans un pays francophone et francophile. Alors que le monde cherche à nous persuader que le français est devenue une langue mineure ou que la France est devenue un pays négligeable, voilà que nous étions plongés dans un pays qui manifestait par son attachement à notre langue et son accueil de ce qui vient de France, la reconnaissance des liens pluriséculaires qui relient nos deux pays, nos deux peuples. Magnifique leçon de vérité et témoignage que l'histoire façonne notre être plus qu'on ne peut le dire.

Ensuite, voici quelques uns des éléments qui ont constitué l'expérience spirituelle des routiers cet été: La rencontre de courageux témoins de la foi, courageux dans les épreuves, courageux dans le refus de laisser leur pays perdre son âme. La rencontre de véritables artisans de paix. La rencontre de personnes qui ont fait le choix de construire des hommes avant de construire des maisons, et pour cela de commencer par les enraciner solidement en Dieu, Lui dont nous avons tout reçu et dont nous ne cessons de recevoir.

C'est ainsi que nous avons fait l'expérience décapante de recevoir abondamment sans pouvoir rendre, ou sans pouvoir rendre en proportion; expérience de dénuement, d'humilité, de gratitude, de simplicité, de pauvreté et d'immense reconnaissance.

Enfin, des confidences que vous ne répéterez pas aux routiers: En quinze jours ( chacun de nous est resté avec eux quinze jours ), nous les avons vus mûrir; vous savez comme il est beau de voir des jeunes vivre intensément et dans une grande sincérité. Ils ont tissé des liens très profonds, apprenant à s'écouter vraiment, cherchant à échanger loyalement, acceptant de changer de comportement, d'habitude ou d'idée, se renouvelant sans cesse dans la joie de servir. Pour résumer, nous pouvons vous assurer qu'ils nous ont montré un bel exemple de dévouement, de simplicité et d'humilité. C'est probablement quelque chose de cet ordre qui a finalement tellement apporté à chacun: quelque chose comme une aventure intérieure.

 

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