Carnet de Camp - Liban 98 |
Durant tout le camp, notre vie scoute fut ponctuée par des discussions sur divers thèmes préparés a l'avance, et par les heures Route, pendant lesquelles on part seul, on s'isole pour méditer un instant, réfléchir sur son parcours scout, sur sa vie, ses études, etc...
Voici une série de textes et prières qui nous servit de base durant ces moments forts du camp:
Et découvrez la vie que l'on eu a Jieh, |
Homo Viator ou les quatres temps de l'aventure spirituelle d'un routier
Le Routier est comme le pélerin, étymologiquement un étranger (perigrinus), un homme qui volontairement va au-delà de son champ (perager), il perd de vue le clocher de son village, affronte l'inconnu de la Route, se lance dans une aventure spirituelle. En cela il diffère du nomade qui, pour la pâture de ses troupeaux, doit saisonnièrement changer d'emplacement. Il diffère du vagabond qui a-sociable et instable, ne peut se fixer et se loue, mendie ou vole, au hasard de la route. Il diffère aussi du touriste qui voyage pour son plaisir, pour satisfaire sa curiosité, à la recherche de paysages nouveaux, de civilisations différentes, de monuments prestigieux. La Route est une aventure spirituelle en trois actes et un épilogue.
Le départ On dit que " partir c'est mourir un peu ". En rompant avec son milieu habituel de vie, avec ses habitudes et son confort -" Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai "(Gn 12,1)- c'est bien déjà une espèce de mort que de se détacher de tous ce qui fait notre sécurité pour se livrer aux riques de la route.
La Route Jésus a déclaré: " Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie " (Jn 14,6). " Prendre la route ", c'est donc adhérer à Jésus, dans son propos de vérité, à la recherche de la vraie vie. Ce thème de la voie si fréquent dans la Bible, souligne que l'homme est " en route ", " à la recherche d'une patrie "(Héb. 11,14), qu'il risque de s'égarer hors du droit chemin, qu'il doit alors se convertir -c'est à dire revenir sur ses pas- pour s'engager dans la bonne Route: " cette voie nouvelle et vivante que le Christ a inaugurée " (Heb. 10,20).
Le but Le pèlerin ne marche pas au hasard, il a un but: Jérusalem ou Rome, Saint Jacques de Compostelle ou Saint Martin de Tours, le Mont-Saint-Michel ou Chartres. Il a même des buts successifs: les haltes qui lui permettent de refaire ses forces pour parcourir l'étape suivante. Quand il a atteint le sanctuaire qu'il s'était promis d'atteindre, il prie. Le voila harassé et ravi : il a vécu parfois d'aumône, il à dû jeûner, il a souffert du froid et de la chaleur, ses pieds sont endoloris, tout son corps est courbaturé, mais il est dans la joie, non pas d'une performance réussie, mais du sacrifice offert.
Epilogue La route intérieure. L'homme qui a fait l'expérience du pélerinage peut de nouveau être sollicité de reprendre la Route, de revivre cette aventure. Peut-être aussi aura-t-il appris que le vrai pèlerinage est intérieur: se détacher du lieu où il habite, progresser quotidiennement, dépasser les étapes successives. Cette Route intérieure est sans retour, car elle est la préparation à la mort, ce grand départ, cet ultime Route. Alors il n'aura plus à chercher Dieu ailleurs qu'en lui-même.
Extrait de la lettre de l'Abbaye de Ligugé
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Quand on a choisi de faire quelque chose, Il faut, Je dis bien il faut, Aller jusqu'au bout, et, avant de choisir, Il faut savoir ce que l'on fait; Trop d'erreurs, trop de fuites, trop de lâchetés Trop de Oui-oui, mais pas assez de vrais Oui, Seul, Unique, Tous les jours répété, en serrant les dents parfois, Pour qu'il ne s'échappe pas de votre bouche. |
Ce oui ou ce non qu'il faut serrer contre soi, Porter comme un trésor à défendre; A travers le feu, A travers la pluie et le brouillard, Ce oui ou ce non qui, prolongé jusqu'au bout, Finit par tenir debout, C'est ce qu'on nomme la Foi. Croire à ce que l'on a choisi, L'inscrire dans sa vie, Sans se dérober, Ni chercher d'excuses. Charles Péguy |
Il est bon de revenir sans cesse aux grandes exigences de la vie chrétienne en général et de la vie de Routier en particulier, de renouveler la ferveur première. Le service fait partie de ces grandes éxigences. Jésus lui-même a accompli le geste du serviteur lorsque, avant l'institution de l'Eucharistie, son testament d'amour, il a lavé les pieds de ses disciples. Ce geste de Jésus représente la source de tout service: " c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme je l'ai fait pour vous "(Jn 13:15).
" Que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite "
La source du service n'est donc pas la générosité, aussi grande qu'elle puisse être, ni même la disposition plus ou moins développée à apercevoir les besoins d'autrui et à y remédier. Tout cela est assurément très bien, mais reste limité est bien humain, avec trop souvent une satisfaction exagérée d'avoir rendu service, mêlé d'un peu de vanité, de regard sur soi. En bref, la main gauche n'ignore pas toujours ce que fait la droite (Mt 6:3). Jésus invite expressément à élargir les horizons, à revoir une conception peut-être trop humaine du service, en revenant à la source première: le Christ lui-même, Seigneur et Maître, qui s'est fait le serviteur de tous, qui n'est pas venu pour être servi mais pour servir (Mt 20:28). " Lui de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semplable aux hommes "(Phil 2:6-7).
" L'amour du Christ est à la source du service "
Le don du Christ trouve un sommet à la Croix; là, Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin (Jn 13:1). En définitive, c'est l'amour du Christ pour les hommes qui est la source de son service rédempteur. Jésus, Seigneur et Maître, va même jusqu'à renverser le lien existant entre les hommes et lui, vrai homme et vrai Dieu: " Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis " (Jn 15:15). En se faisant lui-même le serviteur par exellence, il élève les hommes à son amitié.
" Se donner aux autres "
L'invitation du Christ à faire, comme lui-même a fait pour nous, est donc plus qu'une simple invitation à " rendre service ", c'est une invitation à se donner soi-même aux autres dans une charité sans feinte (2 Co 6:6) " Je vous donne un commande ment nouveau: vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres " (Jn 13:34). Il devient alors clair qu'il ne s'agit pas en premier lieu de chercher à rendre service: cette recherche s'accompagne d'ailleurs trop souvent de recherche de soi-même, d'autosatisfaction sous couvert de générosité. Il s'agit bien plus, tout en respectant les exigences du devoir d'état (études, travail, famille...) de se donner toujours plus à Dieu et au prochain.
" Servir avec son coeur "
La mesure du service n'est pas la capacité naturelle que nous avons (ou n'avons pas...) à être généreux, mais l'amour du Christ. L'amour est inventif et nous fait découvrir intuitivement les moyens de rendre service: c 'est une expérience que nous avons tous, parceque tous nous avons un coeur capable d'aimer. Quand on aime le service va de soi (ce qui ne veut pas dire qu'il ne coûte pas). Inversement, la difficulté à rendre service témoigne d'un amour peut-être insuffisamment purifié. Le service est le fruit de l'amour et ne peut être parfait que s'il remonte à cet amour même avec lequel le Christ nous a aimés. On comprend alors également que le service le plus grand est de communiquer aux autres la présence du Christ, par ses paroles ou par son silence aimant, par le témoignage silencieux d'une vie à Dieu. Le plus bel exemple que l'on puisse donner est la Visitation: Marie va en toute hâte vers Elizabeth qui, dès qu'elle eut entendu la salutation de Marie fut remplie de l'Esprit-Saint (Luc 1:40-41).
" Le service et la prière "
Tout cela suppose de reconnaître notre faiblesse, de se mettre en vérité devant Dieu: Le Christ est venu pour les pécheurs, pour chacun d'entre nous. Nous avons tous besoin de son amour rédempteur. Un service vrai demande l'adoration, par laquelle nous reconnaissons notre petitesse face à Dieu, face au Christ qui s'est livré pour nous. L'adoration est le moyen fondamental nécessaire pour lutter contre l'orgueil et la vanité présent en nous. Un service vrai demande aussi de nourrir le lien avec le Christ par les sacrements, notamment l'Eucharistie et le sacrement de la réconciliation.
" Le service et la charité "
Mais le service suppose une autre vérité fondamentale: le Christ est également venu pour les autres. C'est la personne même du Christ que nous servons dans les autres: ils sont pour nous comme une présence du Christ (pas la seule!) . Qu'il suffise de rappeler le baiser de Saint François au lépreux: la présence du Christ dans Saint François a rejoint celle du Christ dans le lépreux. Le service est toujours mutuel parce que la charité demande la réciprocité.
" Les grandes qualités du serviteur "
Le serviteur est doux. Le service quotidien, dans les moindres choses, exige beaucoup de persévérance et de patience, sans s'attacher au résultat mais en veillant à la pureté de l'intention, c'est-à-dire, au fond, beaucoup de force. Et la force s'exprime dans la douceur. Il faut beaucoup plus de force pour contenir une colère ou une impatience que pour les exprimer, nous le savons bien, surtout si nous avons un tempérament un peu vif. On peu dire que, par la douceur, le service a une dimension maternelle.
Le serviteur est humble, parce que nul serviteur n'est plus grand que son maître (Jn 13:15). Nous avons tous besoin d'un bon samaritain; nous sommes tous invités à passer d'un monde centré sur nous (dans lequel l'autre est mon prochain), à un monde dans lequel l'autre a toute sa place (dans le service, je suis relatif à l'autre). C'est tout l'inverse d'un projet; le Seigneur n'attend pas de beaux projets, il attend que chacun se donne dans la vérité et la charité, se tourne vers lui, et, par voie de conséquence, vers les autres. Marie montre l'exemple: elle est l'humble servante entièrement tournée vers le Père : " Vers toi, j'ai les yeux levés, qui te tiens au ciel; les voici comme les yeux des serviteurs vers la main de leur maître " (Ps 123(122): 1-2), et, dans la mesure même où elle est tournée vers les autres: elle se rend en hâte vres Elizabeth.
Le serviteur est fidèle, à la suite de Marie qui a vécu son " fait " (Qu'il me soit fait selon ta parole, Luc 1:38) non seulement au moment même de l'Annonciation, mais toute sa vie, y compris au pied de la Croix, jusqu'à l'Assomption, qui est encore une acceptation de la volonté du père sur elle.
Fr. Jean-Yves Brachet f.j.
" Le Routier ne se borne pas à se préparer au service, il le pratique sous la forme de son choix "
( Baden-Powel )
| Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie |
| Et puis sans un seul mot te mettre à rebatir |
| Ou perdre en un seul coup, le gain de cent parties |
| Sans un geste et sans un soupir, |
| Si tu veux être amant sans être fou d'amour, |
| Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre |
| Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, |
| Pourtant lutter et te défendre; |
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| Si tu peux supporter d'entendre tes paroles |
| Travesties par des gueux pour exciter les sots, |
| Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles |
| Sans mentir toi-même d'un mot; |
| Si tu peux rester digne en étant populaire, |
| Si tu peux rester peuple en conseillant les rois |
| Si tu peux aimer tous tes amis et tes frères, |
| Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi; |
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| Si tu méditer, observer et connaître, |
| Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, |
| Rêver mais sans laisser ton rêve être ton maître, |
| Penser sans n'être qu'un penseur; |
| Si tu peux être dur sans jamais être en rage; |
| Si tu peux être brave et jamais imprudent, |
| Si tu peux être bon, si tu sais être sage, |
| Sans être moral ni pédant; |
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| Si tu peux rencontrer triomphe après défaite |
| Et recevoir ces deux menteurs d'un même front, |
| Si tu peux conserver ton courage et ta tête |
| Quand tous les autres les perdront; |
| Alors les rois, les dieux, la chance et la victoire |
| Seront à tout jamais tes esclaves soumis, |
| Et, ce qui vaut bien mieux que les rois et la gloire, |
| Tu sera un homme mon fils. |
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Rudyard Kipling |
extrait d' "Antigone" de Jean Anouilh
L'orgueil d'Oedipe. Tu es l'orgueil d'Oedipe. Oui, maintenant que je l'ai retrouvé au fond de tes yeux, je te crois. Tu as dû penser que je te ferais mourir. Et cela te paraissait un dénouement tout naturel pour toi, orgueilleuse ! Pour ton père non plus -- je ne dis pas le bonheur, il n'en était pas question -- le malheur humain, c'etait trop peu. L'humain vous gène aux entournures dans la famille. Il vous faut un tête-à-tête avec le destin et la mort. Et tuer votre père et coucher avec votre mère et apprendre tout cela après, avidement, mot par mot. Quel breuvage, hein, les mots qui vous condamnent ? Et comment on les boit goulûment quand on s'appelle Oedipe, ou Antigone. Et le plus simple après, c'est encore de se crever les yeux et d'aller mendier avec ses enfants sur les routes... Eh bien, non. Ces temps sont révolus pour Thèbes. Thèbes a droit maintenant à un prince sans histoire. Moi, je m'appelle seulement Créon, Dieu merci. J'ai mes deux pieds par terre, mes deux mains enfoncées dans mes poches et, puisque je suis roi, j'ai résolu, avec moins d'ambition que ton père, de m'employer tout simplement à rendre l'ordre de ce monde un peu moins absurde, si c'est possible. Ce n'est même pas une aventure, c'est un métier pour tous les jours et pas souvent drôle, comme tous les métiers. Mais puisque je suis là pour le faire, je vais le faire... Et si demain un messager crasseux dévale du fond des montagnes pour m'annoncer qu'il n'est pas très sûr non plus de ma naissance, je le prierait tout simplement de s'en retourner d'où il vient et je ne m'en irait pas pour si peu regarder sa tante sous le nez et me mettre à confronter le dates. Les rois ont autres choses à faire que du pathétique personnel, ma petite fille. Alors, écoute moi bien. Tu es Antigone, tu es la fille d'Oedipe, soit, mais tu as vingt ans et il n'y a pas longtemps encore tout cela se serait réglé par du pain sec et une paire de gifles. Te faire mourir ! Tu es trop maigre. Grossis un peu, plutôt, pour faire un gros garçon à Hémon. Thèbes en a besoin plus que de ta mort, je te l'assure. Tu vas rentrer chez toi tout de suite, faire ce qu je t'ai dit et te taire. Je me charge du silence des autres. Allez va ! et ne me foudroie pas comme cela du regard. Tu me prends pour une brute, c'est entendu, et tu dois penser que je suis décidément bien prosaïque. Mais je t'aime bien tout de même avec ton sale caractère. N'oublie pas que c'est moi qui t'ai fait cadeau de ta première poupée, il n'y a pas si longtemps.(...)
Antigone
Si, je sais ce que je dis, mais c'est vous qui ne m'entendait plus. Je vous parle de trop loin maintenant, d'un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre. Ah ! je ris, Créon, je ris parce que je te vois à quinze ans, tout d'un coup ! C'est le même air d'impuissance et de croire qu'on peut tout. La vie t'a seulement ajouté tous ces petits plis sur le visage et cette graisse autour de toi.
Créon
Te tairas-tu, enfin ?
Antigone
Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.
Créon
Le tien et le mien, oui, imbécile !
Antigone
Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'il trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas très exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, -- et que ce soit entier -- ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi , et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite -- ou mourir.
Créon
Allez, commence, commence, comme ton père !
Antigone
Comme mon père, oui ! Nous sommes de ceux qui posent des questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus la plus petite chance d'espoir d'être vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir.
Extrait d'Antigone de jean Anouilh
C'est vouloir l'autre libre, et non pas le séduire, et de ses liens le libérer, s'il demeure prisonnier, afin que lui aussi puisse dire : " je t'aime ", sans y être poussé par ses désirs indomptés.
Aimer, c'est entrer chez l'autre, s'il t'ouvre les portes de son jardin secret, bien au-delà de ses chemins de ronde, et des fleurs et des fruits cueillis sur ses talus, là où émerveillé tu pourras murmurer : c'est " toi " mon chéri, et tu es unique .
Aimer, c'est de toutes tes forces vouloir le bien de l'autre, avant même le tien, et tout faire pour que l'aimé grandisse, et puis s'épanouisse, devenant chaque jour l'homme qu'il doit être, et non celui que tu veux modeler à l'image de tes rêves.
Aimer, c'est donner ton corps et non prendre le sien, mais accueillir le sien, quand il s'offre en partage, et c'est te recueillir, t'enrichir, pour offrir à l'aimé, plus que mille caresses, et plus que folles étreintes, ta vie toute entière rassemblée, dans les bras de ton " je ".
Aimer , c'est t'offrir à l'autre, même si celui-ci un moment se refuse, c'est donner sans compter, ce que l'autre te donne, en payant le prix fort, sans jamais réclamer ta monnaie. Et c'est, suprême amour, par-donner, quand l'aimé, hélas se dérobe à d'autres, ce qu'il t'avait promis.
Aimer, c'est dresser ta table et la garnir pour y asseoir ton hôte, mais sans jamais te croire suffisant, pour te passer de lui. Car privé de la nourriture, que lui-même t'apporte, à ton repas de fête tu n'offriras, que pain sec de pauvre, et non menu de roi.
Aimer, c'est croire en l'autre et lui faire confiance, croire en ses forces cachées, en la vie qui l'habite, et quelles que soient les pierres à dégager pour aplanir la route, c'est décider en homme raisonnable, de partir courageux sur les chemins du temps, non pour cent, pour mille, ni même pour dix mille, mais pour un pèlerinage qui ne finira pas, car c'est un pèlerinage qui durera TOUJOURS.
Aimer, je dois le dire, pour purifier vos rêves, c'est accepter de souffrir, de mourir à soi, pour vivre et pour faire vivre, car qui peut pour un autre s'oublier, sans souffrir, et qui peut renoncer à vivre pour lui-même, sans que meure en lui, quelque chose de lui.
Aimer, enfin, c'est tout cela et beaucoup plus encore, car aimer c'est t'ouvrir à l'AMOUR infini, c'est te laisser aimer, et transparent à cet AMOUR qui vient, sans jamais te manquer, c'est ô sublime Aventure, permettre à Dieu d'aimer, celui que toi, librement, tu décides d'aimer .
Michel Quoist
On dit que " partir c'est mourir un peu ". Mais que " les voyages forment la jeunesse "; Partir, c'est donc mourir en pleine jeunesse ? Dites-moi que ce n'est pas cela, hein ? Voyager, voler, naviguer, glisser, courir... Marcher, pédaler, rouler, piloter, conduire... Tous ces verbes sont verbes d'action et ils nous affirment que partir est un engagement qui meut tout le corps et non qui meurt dans le corps. Vous connaissez la chanson:
" La meilleure façon de marcher, c'est encore la nôtre, C'est de mettre un pieds devant l'autre et d'recommencer... "
Alors, à mon signal : gauche droite, gauche droite... Marcher au pas, non merci ! Mais partir qu'est-ce alors ?
Partir, c'est prendre son sac à dos, dire non à un quotidien monotone, Oser l'aventure, mais pas vivre à l'aventure. Partir, c'est quitter son confort et ses habitudes, pour avancer sur une terre méconnue, dans un avenir inconnu, et pour oser nous laisser déranger. Partir, c'est découvrir des terres lointaines avec des noms qui font rêver : Caraïbes, Canada, Hawaii, Scandinavie, Singapour, Hongkong... Partir, c'est visiter la France : la Bourgogne, le Midi, le Bordelais, le Nord, la Bretagne... Partir, c'est connaître sa région : le Hainault, le Pélève, le Mélantois, l'Avesnois... Partir, c'est quitter nos lieux de vie habituels, nos quartiers, pour aller à la découverte de l'autre, pour découvrir autre chose, autre part, ici, là-bas. Partir, c'est rester dans sa ville et aller vers l'autre, c'est venir la main tendue en ami, en frère, vers le passant, vers le voisin, vers le prochain. Partir, c'est casser nos croûtes d'égoïsme, briser nos masques, c'est révéler au monde ce que nous sommes, montrer au monde que nous sommes nous-mêmes. Partir, c'est user nos talents et nos dons pour les offrir à ceux qui nous le demandent, à tous ceux qui en ont le besoin. Partir, c'est donner sans retour, sans attendre d'autre récompense que de savoir que nous faisons sa Sainte volonté...
Mais...
Partir c'est revenir à nos racines, à notre source, pour nous désaltérer, pour " re-connaître " ce que nous sommes. Partir, c'est prendre le temps de nous arrêter pour faire le point, pour relire la carte et tracer un nouveau chemin. Partir, c'est oser nous lancer, mais pas seuls, pas dans l'obscurité. Partir, c'est nous préparer ensemble et sur des bases claires et solides. Partir pour aller ailleurs. Partir pour aller vers l'autre. Partir pour aller à la rencontre de soi-même. Partir pour rencontrer Dieu.
Emmanuel HEMAR
L'amour est un vol d'oiseau, dans le ciel infini, mais le vol de l'oiseau est plus que petit être de chair, virevoltant dans les airs, plus que ses ailes amoureuses, courtisées par le vent et plus que l'indicible joie, quand meurent les battements d'aile, et que le corps en paix, plane dans la lumière. L'amour est chant du violon, qui chante le chant du monde, mais le chant du violon est plus que le bois et l'archet, inertes et solitaires, plus que les notes en habits de soirée, qui dansent sur la partition et plus que les doigts de l'artiste, qui courent sur les cordes. L'amour est lumière sur les routes humaines, mais la lumière qui se donne est plus que caresses matinales, ouvrant les yeux de nuit, plus que rayons de feu qui réchauffent les corps, et plus que mille pinceaux de soie, colorant les visages. L'amour est un voilier, qui sur l'eau fend les vagues, mais la course du voilier plus que les voiles frémissantes sous les caresses de la brise ou les gifles du vent est plus que l'étrave séduite, pénétrant la mer, qui s'offre ou se débat et plus que les mains du marin, accrochées à la barre, poursuit inlassable son amante sauvage. L'Amour dépasse l'amour L'amour est SOUFFLE de l'Amour infini, il vient d'ailleurs et vole vers l'ailleurs. L'amour est esprit d'homme qui connaît et reconnaît le SOUFFLE, il est liberté d'homme qui tout entier se tourne vers Lui. L'amour est consentement de l'homme au SOUFFLE qui invite, il est au cœur de l'homme qui s'ouvre pour L'accueillir et Le donner, il est corps de l'homme qui se recueille, disponible pour qu'habité par Lui, traversé par Lui, il s'envole vers les autres, vers ...l'autre, et qu'enfin ce qui était éloigné se rejoigne et s'ajuste, ce qui était séparé ne devienne plus qu'un, et que de l'un jaillisse une nouvelle vie.
Michel Quoist
Seigneur m'entends-tu ? Je souffre atrocement, verrouillé en moi, prisonnier de moi, je n'entend que ma voix, je ne vois que moi, et derrière moi il n'y a que souffrance.
Seigneur m'entends-tu ? Délivre-moi de mon corps, il n'est que faim et tout ce qu'il touche de ses grands yeux innombrables, de ses mille mains tendues, n'est que pour s'en saisir et tenter d'apaiser son insatiable appétit.
Seigneur m'entends-tu ? Délivre-moi de mon cœur, il est tout gonflé d'amour, mais alors que je crois follement aimer, j'entrevois, rageur, que c'est encore moi que j'aime à travers l'autre.
Seigneur m'entends-tu ? Délivre-moi de mon esprit, il est plein de lui-même, de ses idées, de ses jugements ; il ne sait dialoguer, car ne l'atteint nulle autre parole que la sienne. Seul, je m'ennuie, je me lasse, je me déteste, je me dégoûte, depuis le temps que je me retourne dans ma sale peau comme dans un lit brûlant de malade qu'on voudrait fuir. Seigneur je voudrais sortir, je voudrais marcher, courir vers un autre pays. Je sais que la JOIE existe, je l'ai vue chanter sur des visages, je sais que la lumière brille, je l'ai vue illuminer des regards. Mais Seigneur, je ne puis sortir, j'aime ma prison en même temps que je l'a hais, car ma prison, c'est moi, c'est mon ami égoïste et moi je m'aime, je m'aime, Seigneur et je me dégoûte.
Seigneur, je ne trouve plus la porte de chez moi. Je me traîne à tâtons, aveuglé, je me heurte à mes propres parois, à mes propres limites, je me blesse, j'ai mal, j'ai trop mal et personne ne le sait car personne n'est rentré chez moi. Je suis seul, seul.
Seigneur, Seigneur m'entends-tu ?Seigneur, montre-moi ma porte, prends ma main, ouvre, montre-moi la Route, le chemin de la JOIE et de la LUMIERE.
Mais Seigneur m'entends-tu ?
Petit, je t'ai entendu . Tu Me fais souffrir. Depuis le temps que je guette tes persiennes closes, ouvre-les, ma lumière t'éclairera. Depuis le temps que je suis devant ta porte cadenassée, ouvre-la, tu Me trouveras sur le seuil. Je t'attends, les autres t'attendent, mais il faut ouvrir, mais il faut sortir de chez toi.
Pourquoi demeurer ton prisonnier ? Tu es libre. Ce n'est pas Moi qui ai fermé ta porte, ce n'est pas Moi qui peux la rouvrir. Car c'est toi qui de l'intérieur la tiens solidement verrouillée.
Michel Quoist
SOURCE, j'attends de Toi l'eau vive, entre mes rives journalières, sans Toi, eau croupissante je serais, qui pourrit et qui meurt.
SOLEIL, j'attends de Toi la lumière, pour ma route de jour, sans Toi, je ne serais qu'un enfant de nuit, perdu, sur chemin sans issue.
VENT, j'attends de Toi la force, qui gonfle mes voiles offertes, sans Toi, je ne serais que barque reléguée, qui du port jamais ne franchi les jetées.
BRISE, j'attends de Toi le souffle, pour prendre mon envol, sans Toi, je ne serais qu'oiseau pollué, qui se traîne dans la boue.
... et de TOI, l'ARTISTE, j'attends que tu fasses jaillir de mon bois et mes cordes, une mystérieuse vie, car sans TOI, je ne serais qu'instrument inutile, couché, immobile et muet, dans l'écrin de mes jours.
... mais au-devant de TOI je viens, me voici ô ARTISTE ineffable, et comme violon blotti, en tes bras amoureux, recueilli et libre, sous Tes doigts qui me cherchent, je m'offre pour T'épouser d'une étreinte d'amour, et notre enfant sera MUSIQUE, pour que chante le Monde.
Michel Quoist
-- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
-- Que faut-il faire ? dit le petit prince.
-- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'assoir plus près...
Le lendemain revint le petit prince. -- Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heure, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le coeur... (...) Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche : -- Ah ! dit le renard... Je pleurerai.
-- C'est ta faute, dit le petit prince, je te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...
-- Bien sûr, dit le renard.
-- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
-- Bien sûr, dit le renard.
-- Alors tu n'y gagnes rien !
-- J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret. (...) Et il revint vers le renard : -- Adieu, dit-il...
-- Adieu dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
St Exupery
" Le silence, musicien des fruits... vase de miel de la diligence des abeilles... Repos de la mer sur sa plénitude.
(Silence des choses) qui, dans le vase du soir sont suspendues. Vigilance de Dieu sur notre fièvre, manteau de Dieu sur l'agitation des hommes.
Silence des pensées sur elles-mêmes... qui préparent leurs ailes. Silence du coeur, silence des sens.
Silence des mots intérieurs, car il est bon que tu retrouves Dieu qui est silence dans l'Eternel. "
St Exupery